Elle est mourante...
La maladie qui la ronge est un mal réservé aux femmes. Elle meurtrit et mutile le symbole flagrant de la féminité, là où les mères nourrissent leurs enfants. Elle a vu son corps se décharner, dépérir, se métarmophoser au point de devenir méconnaissable. Elle n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Avant de s'éteindre à tout jamais, elle souhaite rassurer et passer un dernier message d'amour aux êtres qui lui sont chers.
Tout d'abord, elle accueille sa meilleure amie. Quand celle-ci passe la porte de la chambre, ses yeux sont gorgés de larmes. Elle refuse de s'asseoir et reste debout la main dans la sienne.
Elle lui explique, alors, ce qu'elle attend d'elle:
"Quand tu as eu besoin de moi, j'ai toujours été là , alors... aujourd'hui , je te demande un dernier soutient. J'aimerai que tu veilles sur ma famille à ma place, du moins jusqu'à ce que la vie reprenne ses droits. Surveilles-les même de loin, mais sois présente surtout pour mes enfants. Il faut que tu sois forte maintenant ! je t'ai maintenu la tête hors de l'eau, je t'es appris à positiver, à aller de l'avant alors l'heure est venue de mettre en pratique toute l'énergie que je t'ai insufflé tout au long de ces épreuves. Ne les laisses pas sombrer! Prends soin de toi aussi et quand ça n'ira pas, n'oublies jamais que tu vaux plus que ce que tu crois..."
Son amie reste muette. Ses sanglots difficilement contenu ne demandant qu'à jaillir, des tics nerveux , non maîtrisés, donne au timide sourire qu'elle lui adresse un aspect crispé. Elle quitte la pièce avec hâte pour ne pas craquer sous ses yeux.
Puis, elle reçoit ses enfants. Ils sont petits , ils sont deux, un garçon et une fille. Elle les installe contre son corps fébrile, sur le lit et leur dit, avec toute la tendresse d'une maman aimante :
" Ne pleurez pas mes amours... maman s'en va et ne reviendra pas mais je suis en vous. Je serais toujours là , dans vos rêves. Si vous voulez me voir , fermez les yeux et pensez très fort à moi , vous me verrez. Demandez à papa une photo car au fil du temps vous oublierez mon visage, c'est normal. Ca ne veut pas dire que vous ne m'aimez plus ou que vous m'avez oublié... sachez que je vous aime et que même si vous ne me voyez pas , je serais toujours là. Il faudra aider papa, car lui aussi aura du chagrin, ne lui en veuillez pas si au debut il s'énerve ou ne s'occupe pas aussi bien de vous qu'il le devrait. Ca passera... allez-y à présent, adieu mes amours, je vous aime...
Elle les enlace de toutes les forces qui lui restent , les embrasse et les regarde partir le coeur serré.
Enfin son mari entre à son tour. Ils se sont connus très jeunes et se sont aimés dés les premiers instants de leur rencontre. Elle a ressentit pour lui ce sentiment privilégié qui efface la raison pour n'être qu'instinctif, presque animal. Tout au log de ces années leur amour a évolué mais sans jamais perdre de son intensité.
Il s'assoit au bord du lit, la tête baissée n'osant pas la regarder en face. Elle prend son visage entre ses mains glacées et chuchote :
"Ne t'apitoies pas sur MON sort... ne t'apitoies pas sur TON sort ! Je t'aime et t'aimerai pour l'éternité. Nos enfants aurons besoin de toi plus qu'ils n'en ont jamais eu besoin. Ne les abandonnes pas, ne t'enfermes pas dans ta peine. Il y a une part de toi et moi en eux. Dans quelques temps , retrouves-toi une femme , pour toi mais aussi pour les petits. Ils ont encore besoin d'une mère. Effaces de ta mémoire tous ces moments douloureux et souviens toi de moi comme la première fois où tu m'as vu. Adieu mon amour, je t'aime..."
Elle lui offre un ultime baiser. Ses larmes sont dures à contenir devant celles de son homme. Il part sans se retourner, de peur sans doute d'affronter la mort en face.
Ca y est , elle a fait ses adieux. Une profonde fatigue la gagne mais elle se sent extrêmement bien. La douleur s'est envolée comme si elle n'avait jamais existé. Ses yeux se ferment d'eux-mêmes et une inespérée sérénité l'envahit. Une lumière l'attire irrémédiablement vers elle, son corps cotonneux, léger, vaporeux jusqu'à ne plus être perceptible. Elle est alors spectatrice du film de sa vie. Tous ses souvenirs défilent à une allure effreinée... regrets, peines , joies, bonheurs et tout à coup... plus rien, le noir, le... néant...
Adieu...
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